Charles Lindbergh (1974-2014), l'ami des Kennedy

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Le 11 mai 1962, à vingt heures,  John Fitzgerald Kennedy reçoit le ministre de la culture de la France à la Maison Blanche. Pour cette réception, Jackie invite des romanciers, cinéastes, comédiens et d’autres personnalités illustres des États-Unis : l’Ambassadeur Hervé Alphand, les Auchincloss, Leonard Bernstein, Patricia Kennedy Lawford, la fille de Francis Scott Fitzgerald, et le couple Lindbergh.  Après avoir salué ses convives, le 35e président se lève et annonce, sourire aux lèvres : « Nous souhaitons tous participer aux multiples aventures que peut offrir la vie. Monsieur André Malraux a dirigé une opération archéologique au Cambodge et a été en relation avec Tchang Kaï-Chek, avec Mao Tsé-Toung. Il a participé à la guerre civile espagnole et à la défense de son pays. Il a suivi le général de Gaulle. En même temps, il a été une grande figure dans le domaine des arts. Je pense qu’il nous laisse loin derrière. »

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Parmi les applaudissements, les quelques correspondants de la presse française remarquèrent cet homme longiligne, élégant. Le cheveu blanc parfaitement soigné. Contrairement aux autres, il n’avait ni fumé, ni consommé l’excellent Bordeaux 1936 servi à table. Ils n’ignoraient évidemment pas sa propre aventure : il avait traversé l’Atlantique Nord trente-cinq ans auparavant. Et son enfant avait été kidnappé et assassiné.  Ils furent étonnés seulement par sa discrétion.  Au cours de la soirée, l’un d’entre eux s’avança vers lui et son épouse. Après quelques formules de politesse, il lui demanda quels souvenirs il gardait de son exploit ? Il sourit et murmura : « L’aventure est dans chaque souffle du vent… N’est-ce pas une nuit agréable ? »

Charles Lindbergh naquit en même temps que l’aviation. Son enfance fut marquée par la dureté de son père, ces interminables journées où il ne lui parlait guère et par sa mère qui le couvait beaucoup trop. Fort heureusement, il put s’en échapper en s’offrant aux promesses du ciel. Il abandonna ses études pour se consacrer au pilotage. Bien sûr, Charles August Lindbergh trouva l’idée assez saugrenue et s’éteignit avant son sacre. Car son fils releva le défi suicidaire du millionnaire français Raymond Orteig : un vol New York-Paris sans escale. Bizarrement, l’excentrique milliardaire Howard Hugues, 22 ans, n'avait pas réagi. Il avait perdu son propre père la même année et avait décidé de consacrer son héritage au cinéma. Le champ d’action était donc libre.

Quelques jours avant de décoller son « Spirit of St. Louis », deux pilotes chevronnés disparurent à bord de leur appareil, l’Oiseau Blanc. Les corps de Charles Nungesser et de François Coli ne furent jamais retrouvés. Lindbergh fut touché par ce drame, mais continua à peaufiner son engin. Après trente-trois heures et trente minutes de vol, il se posa enfin au Bourget. L’Amérique était hystérique. Il était le fruit le plus savoureux de ses années folles.

Il reçut la plus haute distinction au Congrès. Coolidge en profita pour lui poser les questions les plus cocasses, y compris sur son alimentation : «  J’avais pris quatre sandwichs et deux barres de chocolat ! » Il ne put s’empêcher de rire.

Marié en 1929 à l’une des plus ravissantes jeunes filles de Mexico, il fut incapable de se contenter de son immortalité. Il n’avait que 25 ans. Aussi apprit-il le pilotage à Anne Morrow Lindbergh, qui lui donna un magnifique enfant : Charles Jr. Dans la nuit du 1er mars 1932, le bonheur idyllique du couple vola en éclats après le rapt du bébé. Le fils du peuple américain se battit encore. Menant sa propre enquête, parallèlement à celle de J.E. Hoover, le directeur du FBI depuis huit ans. En vain. Le 12 mars, le corps fut déterré par deux promeneurs à quelques pas seulement de la propriété. La presse du monde entier s’acharna sur ce crime en oubliant de respecter le chagrin des parents. Mais Lindbergh connaissait les hommes. Si bien. C’est pour cette raison qu’il leur avait toujours préféré les mêmes étoiles que son ami, Antoine de Saint Exupéry. Ne voulant pas offrir son désespoir aux tabloïds, le couple accepta de travailler pour la Pan Am et s’installa dans le Kent, en Angleterre. Ils survolèrent l’Europe pour repérer les futures destinations de la compagnie.  Un soir, dans leur nouvelle résidence, le téléphone sonna. Le FBI avait arrêté un certain Bruno Richard Hauptmann. Un Allemand.  Il avait dans son portefeuille vingt dollars. Mais pas n’importe lesquels. Ceux qui faisaient partie des cinquante mille versés par l’aviateur à l’inconnu  qui lui avait promis de lui donner le lieu où son enfant était séquestré. Bien sûr, ce pauvre type avait menti.

Ce rebondissement relança  l’affaire. Charles Lindbergh ne put échapper aux photographes du monde entier. Au procès, Hauptmann ne manqua pas de l’observer, sans broncher. Finalement, il fut exécuté sur la chaise électrique. 

L’homme qui avait conquis le ciel se referma davantage sur lui-même, fit des déclarations maladroites durant la Seconde Guerre mondiale. Anne Lindbergh se lia d’amitié avec Rose Fitzgerald Kennedy lorsque son époux, Joseph, était ambassadeur à Londres. Les Kennedy partageaient la position de l’aviateur selon laquelle la Grande Bretagne ne pouvait résister militairement à l’Allemagne nazie et s’opposaient à une alliance Franco-Russe qui permettrait aux communistes d’envahir davantage la civilisation occidentale.

On le montra du doigt, on écrasa du pied son palmarès, on le taxa d'antisémitisme primaire. Il ne se défendit jamais. Anne Morrow lui donna cinq autres enfants. Il dut attendre l’attaque lâche des Japonais sur la base navale de Pearl Harbor pour que le gouvernement de Franklin D. Roosevelt veuille bien le rappeler sous les drapeaux. Il servit dans le Pacifique avec courage. Abattant les terribles Zéros et enseignant aux jeunes volontaires de 19 ans l’art de piloter dans des conditions difficiles. Il sauva sans doute bien des vies.

Puis, les canons se turent. Il fut envoyé en Allemagne pour retrouver l’ingénieur qui travaillait sur les V2. Bien sûr, à celui-ci, on oublia son passé et il collabora avec l’armée américaine jusqu’à une retraite paisible. Il s’appelait Wernher von Braun.

Lindbergh découvrit les camps de concentration. Son cœur restant fut déchiré. Les Hommes avaient commis bien pire que ce qu’il avait intuitivement décelé dès que ses yeux bleus s’ouvrirent sur ce monde.  Dès qu’il s’effondra sur la dépouille décharnée de son bébé. Il accepta à jamais le silence pour compagnon.

Au grade de général de brigade, il prit sa retraite après avoir été missionné à l’OTAN par Eisenhower. Il travailla sans bruit dans le privé et eut trois vies clandestines en dehors de celle qu’il partageait avec Anne. Celle-ci recherchait le réconfort dans la musique des mots, dans celle du ciel sans nuage qu’elle n’avait plus écouté depuis le 1er mars 1932. Elle seule savait que l’homme qu’elle avait épousé le 27 mai 1929 avait été emporté par l’ignominie de ce monde. À 94 ans, elle referma pour toujours les livres de son impressionnante bibliothèque. Son corps ne rejoignit pas celui de son unique amour. Il avait décidé de reposer seul pour l’éternité sur l’île colorée de Maui. Là où les âmes se perdent. Là où l’on n’entend plus le souffle de la vie.

Charles Lindbergh s’éteignit, il y a quarante ans, le 26 août 1974. René Char avait suggéré aux hommes de développer leur étrangeté intime. Le jeune homme, qui embrassa la vie les bras ouverts et le cœur immobile, l’avait entendu. Avant de nous laisser sur la terre. Là où la sauvagerie de l’homme pourrait encore être domptée pour rendre notre vie plus douce, il avait murmuré à l’un de ses rares amis : « Le plus étrange, c’est que les choses dont nous parlons le moins sont celles auxquelles nous pensons le plus. »

 

L’exposition est composée de photographies légendées, de documents manuscrits provenant des différents musées aux Etats-Unis et du musée des lettres de Bruxelles. 

L'exposition se trouve dans les deux annexes de l'Espace Kennedy

  • espacejfk@gmail.com

Espace JFK - Rue de Paris, 49 - 62520 Le Touquet